Une meilleure stratégie mauricienne pour attirer les investisseurs chinois

Chine

Lv Linbai, directeur général de Beijing Construction Engineering Group (BCEG).

Tout en dressant le bilan de ses 25 années d’opérations sur l’île, le directeur général de BCEG analyse la stratégie de Maurice par rapport au marché chinois. Il parle des perspectives que l’Empire du Milieu offre au pays dans sa stratégie d’expansion dans le monde.

Cela fait 25 ans cette année que BCEG est implanté à Maurice. Quel bilan faites-vous de vos activités sur l’île ?
Maurice est un pays très ouvert et tolérant avec un bon niveau de sécurité. Nos affaires marchent bien et nous comptons y rester. Nous avons travaillé sur une quarantaine de projets durant ces 25 dernières années. Parmi eux, des projets d’infrastructures et de construction de routes, d’une valeur totale de quelque 300 millions de dollars. À l’avenir, BCEG compte se spécialiser davantage dans les gros projets, que ce soit dans les infrastructures publiques, les travaux routiers ou encore la construction de bâtiments.

Que pensez-vous de notre stratégie pour attirer les investisseurs chinois à Maurice ?
Honnêtement, vous devriez sérieusement songer à une meilleure stratégie car les investisseurs chinois ont une culture et des caractéristiques très distinctes. Vous vous êtes concentré sur l’Europe pendant de longues années, mais dans les dix prochaines années, la Chine sera sensiblement différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Si vous voulez profiter pleinement de cette transformation, il vous faudra trouver des moyens d’attirer les investisseurs chinois.

Pour ce faire, il vous faudra mieux promouvoir Maurice en Chine. L’un des moyens serait de faire venir des célébrités et des personnalités chinoises sur l’île. La récente visite du président Xi Jinping est une bonne chose car cela permet de mieux faire connaître Maurice en Chine. Je me souviens qu’en 2010, il y avait le Shanghai World Explore. Maurice avait organisé une seule exposition. Or, ce sont justement ce genre de projets dont Maurice devrait tirer parti. Le pays devrait organiser plus d’activités liées à la Chine, tout en augmentant sa participation dans des événements chinois.

Que pensez-vous du secteur de la construction au niveau local ?
Il y a bien sûr des hauts et des bas, mais depuis quelques années, les choses vont plutôt bien, notamment depuis l’an dernier. Cela en raison des gros travaux d’infrastructures entrepris par le gouvernement. De plus, je note que de plus en plus de projets proviennent du secteur privé, surtout dans les régions urbaines, ce qui représente de bonnes opportunités.

Le secteur a tout de même connu une forte contraction durant quatre années consécutives. Comment avez-vous fait pour traverser ce cap difficile ?
Il est tout à fait normal de passer par des phases difficiles. Des fois, les affaires marchent bien, des fois ce n’est pas le cas. Concernant BCEG, nous explorons, depuis 2010, de nouvelles opportunités d’affaires, en particulier dans le segment immobilier. Nous le faisons à travers des partenariats avec des opérateurs et investisseurs locaux.

Nous travaillons depuis 2015 sur deux gros projets d’appartements, l’un étant Sky Garden, à Trianon (anciennement connu comme Le Meritt Elipsis) et Imperial Garden, un vaste projet de type RES situé à Phoenix. Nous envisageons de nous tourner de plus en plus vers le segment immobilier car nous pensons que ce secteur a beaucoup de potentiel.

Outre les projets d’appartements, nous comptons aller vers les projets de villas ou ceux tombant sous l’Invest Hotel Scheme. De plus, cette nouvelle stratégie est due au fait que le secteur de la construction à Maurice est très compétitif. Le pays est de plus en plus ouvert et il n’y a pratiquement aucune barrière qui empêche les entreprises étrangères de s’y implanter.

Qu’en est-il de la mauvaise réputation des entreprises de construction chinoises en Afrique ? Celles-ci sont souvent montrées du doigt pour non-respect des conditions de travail. Elles ont aussi tendance à faire venir leurs propres ouvriers au détriment des travailleurs locaux…
C’est une question assez sensible. Pour ma part, je ne souhaite pas commenter la façon d’opérer des autres entreprises chinoises. Par contre, chez BCEG, cela fait 25 ans que nous sommes présents à Maurice et nous connaissons bien les lois et les normes en vigueur ici. Personnellement, nous préférons employer des Mauriciens plutôt que des travailleurs étrangers. Car employer des étrangers implique beaucoup de coûts. Nous devons effectuer les démarches pour l’obtention de leur permis de travail tout en nous occupant de leur transport, leur nourriture et leur logement. Des procédures compliquées et coûteuses.

À ce jour, 30 à 40 % de nos employés sont Mauriciens. S’agissant des ouvriers étrangers, nous les recrutons principalement du Bangladesh et du Népal. En tant qu’employeur, nous nous attelons à respecter les droits de nos employés conformément à la loi du pays, par le paiement des salaires et de la pension au niveau de la sécurité sociale, entre autres. Je ne sais pas comment font les autres entreprises chinoises pour gérer leurs employés, mais en ce qui nous concerne, nous ne sommes pas différents des entreprises locales.

Venons-en à la Road and Belt Initiative lancée par la Chine pour son expansion dans le monde. Comment Maurice pourrait-il en bénéficier ?
Maurice peut être géographiquement très éloigné de la Chine, mais il fait partie des maillons de cette stratégie chinoise. Le pays reconnaît également que la Chine est l’une des économies les plus dynamiques dans le monde. Si vous voulez bénéficier de cette initiative, il faut sauter dans le train !

La Chine est vaste et les opportunités d’affaires sont innombrables à condition de bien chercher. Prenez par exemple le tourisme. La Chine compte à elle seule 1,3 milliard d’habitants. Si vous parvenez à faire venir ne serait-ce qu’un million de Chinois à Maurice, ce serait énorme.

Quelle incidence cela aurait-il sur vos opérations ici ?
C’est justement pour cette raison que nous croyons autant dans le potentiel des appartements à Maurice. Si le pays parvient à attirer 100 000 Chinois qui s’intéressent à l’acquisition de propriété, ce serait largement suffisant pour nous !

Quid de l’accord de libre échange que Maurice s’apprête à signer avec la Chine ?
Je pense que c’est une excellente initiative. Maurice a déjà une bonne expérience en matière de signature d’accord commercial, notamment avec le COMESA et la SADC. La Chine deviendra pour sa part de plus en plus ouverte, contrairement aux États-Unis.

La Chine est bien plus confiante qu’elle ne l’était auparavant, nous osons de plus en plus ouvrir nos frontières. De l’autre côté, Maurice est bien positionné dans l’océan Indien. Le pays possède une bonne politique financière, une société stable et la population qui parle plusieurs langues. Votre pays peut tout à fait abriter les sièges sociaux des entreprises chinoises dans la région.