Sun Gongyi:«Faire de JinFei une véritable smart city à la hauteur des attentes du peuple mauricien»

Sun

L’ambassadeur chinois revient sur les relations diplomatiques vieilles de 46 ans avec Maurice pour situer la nouvelle posture du pays comme une passerelle entre l’Asie et l’Afrique. Un positionnement qui permet au partenariat sino-mauricien d’explorer de nouvelles opportunités.

Les liens que Maurice entretient avec la Chine datent de 1972. Faites-nous le portrait de ces années de coopération entre les deux pays ?

Depuis l’établissement des relations sino-mauriciennes il y a 46 ans, la Chine et Maurice sont toujours de bons amis et de bons partenaires. Les deux gouvernements travaillent activement à renforcer les échanges et coopération bilatéraux dans les différents domaines afin d’améliorer le bien-être des deux peuples. Ces dernières années, les échanges de visite de haut niveau entre les deux pays sont devenus des éléments phares des relations bilatérales et ont indiqué la direction à suivre pour le développement futur de la coopération d’amitié sino-mauricienne. A la fin de l’année 2016, le Premier Ministre Pravind Jugnauth en qualité du Ministre des Finances s’est rendu en Chine en visite et a démarré ensemble avec son homologue chinois des projets de la coopération sino-mauricienne. Les Chefs de la diplomatie des deux pays se sont rendus mutuellement visite et ont dégagé d’importants consensus sur la promotion de la construction de « la Ceinture et la Route ». La Présidente de l’Assemblée nationale de Maurice vient de terminer sa visite officielle en Chine. Au cours de son séjour en Chine, Madame la Speaker a signé avec M.ZHANG Dejiang, Président du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale de Chine le mémorandum d’entente visant à renforcer les échanges entre les deux institutions législatives. Dans les affaires régionales et internationales et les questions d’intérêt commun, la Chine et Maurice ont toujours fait preuve de compréhension et de soutiens réciproques et ont ainsi donné un bon exemple à la coopération entre les différents pays. Prenons l’exemple de la question du changement climatique, Maurice s’efforce depuis toujours de se prononcer pour défendre les intérêts des petits pays insulaires en développement alors que la Chine a fait l’engagement solennel au monde entier pour mettre en oeuvre les promesses faites lors de l’accord de Paris et a fait du « développement vert » une stratégie nationale. Dans la question de l’économie mondiale, les deux pays sont tous de fermes défenseurs de la globalisation économique et ont l’intérêt commun de favoriser la construction d’un monde de la prospérité commune.

La coopération économique et commerciale entre la Chine et Maurice a donné d’abondants fruits. En 1985, les deux pays ont fondé la Commission mixte de coopération économique, technique et commerciale. Les deux gouvernements ont signé de nombreux traités bilatéraux dont l’Accord de la coopération de l’économie et de la technologie, l’Accord de DATT, l’Accord de promotion et de protection mutuelle des investissements et l’Accord de coopération sur la main d’œuvre parmi d’autres. Ces accords ont fourni une garantie légale et politique à la coopération entre les entreprises des deux pays. Depuis l’établissement des relations diplomatiques sino-mauriciennes, le gouvernement chinois a apporté dans la mesure de ses capacités des aides et soutiens sous de diverses formes au développement socio-économique de Maurice et a travaillé en étroite coopération avec la partie mauricienne pour réaliser des projets dans les domaines de la santé publique, de la formation, de l’agriculture, des transports et des logements sociaux. Ces dernières années, dans le cadre de la coopération sino-africaine, les deux pays sont tombés d’accord sur de nouveaux projets d’aides. Actuellement, les projets du Complexe multisports et de Safe Country sont entrés dans la phase de mise en œuvre, les études de faisabilité sur le projet de l’Académie de l’aviation civile avance à grands pas, et la Chine a donné en deux lots 50 autobus à plancher surbaissé qui sont partout sur les routes à Maurice. A l’occasion du 50eanniversaire de l’indépendance de Maurice, le gouvernement chinois a donné des matériels nécessaires à la partie mauricienne comme des drapeaux nationaux, des broches et des tasses commémoratives.

Comme vous le savez, Maurice célèbre ses 50 ans d’indépendance cette année. Comment voyez-vous l’avenir des relations entre nos deux pays ?

L’histoire de Maurice depuis son indépendance il y a 50 ans devrait faire la fierté de chaque mauricien. En faisant preuve de diligence, de sagesse et de solidarité, le peuple mauricien a réussi à transformer une colonie pauvre et sous-développée dont l’économie était dominée par la industrie du sucre en un pays moderne politiquement stable, économiquement diversifié et prospère et culturellement harmonieux. Dans les différentes catégories de classement sur la performance économique, Maurice se trouve toujours au premier rang des pays africains. C’est une remarquable réalisation et  « le miracle économique » est amplement mérité. Au cours des 50 ans passés, la Chine qui demeure toujours un partenaire et ami de Maurice, est prête à tout moment à soutenir son développement, et nous en sommes très fiers.

Il y a quelques jours, avec la semaine de la célébration du 50e anniversaire de l’indépendance de Maurice  coïncide la 13e Assemblée Populaire Nationale. Dans le nouveau rapport d’activité du gouvernement, le Premier Ministre chinois LI Keqiang a mentionné qu’au cours des cinq ans passés, le PIB de Chine est passé de 8,5 mille milliards de US Dollars à 13 mille milliards US Dollard. La Chine a fixé son objectif de croissance de son PIB à environ 6,5% pour 2018, c’est-à-dire une croissance de 850 milliards de US Dollards. Dans les cinq ans à venir, le volume total de l’import-export de la Chine atteindrait le niveau de 8 mille milliards de US Dollards. La Chine poursuivra ses efforts pour élargir l’ouverture de son marché et baisser les taxes douanières sur les produits importés. Le développement sain et soutenu de l’économie chinoise devra créer de nouvelles opportunités pour les relations sino-mauriciennes et Maurice est la bienvenue pour partager ces opportunités. En septembre prochain, le Sommet du Forum sur la coopération sino-africaine aura lieu à Beijing, le gouvernement chinois avancera une série de nouvelles mesures et propositions pour promouvoir le développement économique de l’Afrique, ce  qui marquerait un jalon important des relations de coopération sino-mauriciennes et leur injecterait de fortes puissances motrices. Cette année marque aussi le 40e anniversaire de la réforme et l’ouverture vers l’extérieur de la Chine, en novembre prochain aura lieu à Shanghai le China International Import Expo 2018, elle serait la première exposition du monde consacrée spécialement à l’importation, ce qui affiche clairement la volonté de la Chine pour s’ouvrir aux différents pays du monde y compris Maurice. Les relations sino-mauriciennes auront un très bel avenir.

Le projet Jin Fei vise à accueillir près de 40 entreprises chinoises à Maurice. Sont-elles intéressées à s’installer à Maurice ?

Effectivement, ce chiffre pourrait être plus grand en réalité. Selon mes informations, une centaine d’entreprises chinoises, anglaises, françaises et sud-africaines parmi d’autres sont attendues à Jinfei d’ici 2020, notamment dans les domaines de l’immobilier, de nouvelles énergies, de l’hôtellerie et de port franc. Leur présence ferait de Jinfei une véritable smart city à la hauteur de l’attente du peuple mauricien. Jusqu’à présent, une trentaine d’entreprises s’y sont déjà installées.  

          A mon avis, la reconversion réussie de la zone de Jinfei est à attribuer au réajustement sur la planification et la stratégie de développement de la zone en 2014 dans le but de transformer Jinfei, initialement conçue comme une zone d’industrie manufacturière, en un centre de l’industrie des services où se développeront les secteurs de services financiers, du tourisme, de la formation, des arts et de la culture. Actuellement, la construction de la Zone Jinfei avance à grands pas. La première phase du projet comprenant l’Eden Garden Culture and Entertainment Square, un hôtel de luxe, un cliff restaurant et un centre commercial sur une terre de 34,35 arpents sera mise en service d’ici août prochain. La deuxième phase comprendrait un centre commercial et financier, un centre de data d’internet et une maison de retraite sur une terre de 42,2 arpents.

Le gouvernement mauricien entend faire de Maurice le gateway entre l’Afrique et l’Asie. Quelle importance la Chine accorde-t-elle aux relations avec Maurice sur le plan africain et dans quelle mesure peut-on assumer ce rôle ?

Maurice se classe au premier rang des pays africains en termes de compétitivité et de niveau de développement avec les atouts de la stabilité sociale, d’un système complet de légalité, des infrastructures développées, de ressources humaines de haute qualité, et son accessibilité à de nombreux méchanismes de coopération régionaux parmi d’autres. Je pense que Maurice pourrait faire valoir pleinement ses atouts pour devenir le gateway entre l’Asie et l’Afrique. Maurice, qui possède de riches potentiels de développement dans les secteurs du commerce, de la finance, de la télécommunication, du tourisme et de l’aviation civile, a réuni toutes les conditions nécessaires pour davantage approfondir sa coopération régionale et internationale.

 D’une certaine manière, la coopération sino-mauricienne a joué un rôle de pionnier pour la coopération entre la Chine et l’Afrique. Récemment, les deux pays ont démarré les négociations pour un accord de libre-échange. Une fois signé, il en serait le premier entre la Chine et un pays africain , ce qui devrait marquer un nouveau jalon important pour le développement des relations sino-africaines.  En 2016, la filiale de la Bank of China s’est installée à Maurice. Elle travaille activement à développer les opérations offshore en renminbi et à profiter de la plateforme de Maurice pour développer les opérations vers l’Afrique. Huawei a établi son Financial Service Share Center pour l’Afrique à Maurice et des entreprises chinoises ont aussi installé leurs quartiers généraux régionaux à Maurice, ce qui devrait contribuer à la construction de Maurice comme un centre régional de finance offshore. 

 Cette année marque le 5e anniversaire du lancement de l’initiative «la Ceinture et la Route». Beaucoup de pays considèrent qu’après cinq ans de développement et de construction, «la Ceinture et la Route» est déjà devenue la produit publique le plus apprécié et le plus prometteur du monde. Elle a fourni la meilleure plateforme aux pays riverains pour réaliser la prospérité commune. Maurice pourra en profiter pleinement pour réaliser ses objectifs stratégiques.

Outre les échanges commerciaux, la Chine tient aussi beaucoup aux échanges culturels entre nos deux pays. Comme comptez-vous promouvoir ces échanges culturels entre nos deux pays ?

Maurice est un pays multiculturel où les différentes cultures et traditions sont respectées, préservées et célébrées. La culture chinoise fait partie intégrante de cette diversité, ce qui fait le lien non séparable entre les peuples chinois et mauricien. L’Ambassade de Chine œuvre depuis toujours à promouvoir les échanges culturels. Ces dernières années, à l’occasion des fêtes traditionnelles chinoises comme le nouvel an chinois, la fête de Bateau-Dragon, et la fête de la lune, nous organisons avec les amis mauriciens de nombreuses activités de célébration. Cette année, à la veille de la fête du printemps, nous avons organisé un défilé de chars au cœur de Port Louis qui a offert au public mauricien un festin de la culture chinoise.

Dans le même temps, je pense que les échanges culturels entre deux pays doivent être à doubles sens. Nous espérons voir plus de groupes artistiques et culturels et d’artistes mauriciens visiter la Chine pour permettre à un plus grand public chinois de ressentir le charme de la diversité culturelle de Maurice.

Quid du tourisme chinois à Maurice qui a baissé ces dernières années ? Comment remonter la pente ? Et du côté des Mauriciens qui se rendent en Chine ? Les chiffres sont-ils satisfaisants ?

Depuis l’entrée en vigueur de l’accord sur l’exemption mutuelle de visa, le nombre de vols directs entre les deux pays a considérablement augmenté. En 2014, un film à forte audience en Chine The Breakup Guru a été tourné à Maurice. C’est dans ce contexte là que les touristes chinois sont impatients de vivre le paysage paradisiaque de l’île de Maurice et qu’il y a eu pendant les deux premières années une croissance brutale et considérable du nombre de touristes chinois venant à Maurice qui a été à environ 100 mille personnes en 2015. Il est donc aussi normal et compréhensible qu’après la période de croissance brutale, nous sommes désormais entrés dans une période d’apaisement.

Maurice est une destination touristique idéale avec sa belle plage, la mer bleue, la végétation bien protégée, l’air propre, le soleil doux, l’hospitalité de son peuple et la diversité de sa culture. Ces dernières années, le gouvernement mauricien a d’un côté doublé ses efforts pour la promotion touristique, de l’autre côté travaille inlassablement à parfaire les facilités touristiques et à diversifier les services à proposer. Je crois que les touristes chinois seront de plus en plus nombreux à venir voyager à Maurice dans l’avenir.

Au cours des trois permiers trimetres de l’année 2017, 4500 mauriciens se sont rendus en Chine. C’est un chiffre remarquable par rapport à la population mauricienne. Mais je crois que la plupart d’entre eux sont allés en Chine en business. J’espère qu’un plus grand nombre de touristes mauriciens pourront visiter la Chine pour connaître le pays à leurs propres yeux.  

En parlant d’accueillir des Mauriciens, la Chine est une destination de choix pour plusieurs étudiants Mauriciens. Comment la Chine a-t-elle pu se positionner ainsi dans cet univers si compétitif souvent dominé par les universités européennes et américaines ?

En Chine, il y a beaucoup d’université d’excellence, certaines se classent même au premier rang au monde en matière des capacités académiques. Selon les statistiques du Ministère de l’éducation nationale de Chine, en 2016, il y a en Chine 440 mille étudiants étrangers venant de 205 pays différents. Parmi eux, il y a plus de 60 mille d’étudiants africains. Les étudiants européens et américains sont aussi très nombreux en Chine.

La Chine a une longue histoire et d’abondantes ressources culturelles. Le séjour des étudiants étrangers en Chine leur permettront de mieux maîtriser la langue et la culture chinoises et d’avoir des connaissances plus approfondies sur le pays. Les grandes métropoles chinoises comme Beijing, Shanghai, Guangzhou et Shenzhen sont parmi les villes les plus prospères et dynamiques du monde et les opportunités de développement qu’elles fournissent sont d’importants facteurs d’attraction pour les étudiants étrangers. Je pense que c’est exactement là où se trouve le charme des universités chinoises. De plus, il n’est pas cher d’étudier et de vivre en Chine et nous espérons accueillir plus de jeunes mauriciens en Chine.

Dans le futur, quels sont les domaines de coopération que nous pouvons développer ? La technologie ? Les ressources humaines ?  Le secteur financier ?

Ces dernières années, avec l’approfondissement des relations sino-mauriciennes, les secteurs de la coopération bilatérale se sont beaucoup élargis. Outre les secteurs du tourisme, de la finance, de l’aviation civile et de la communication, les deux parties peuvent encore considérer à faire des domaines des recherches  océaniques,de la protection de l’environnement, de la médecine traditionnelle, de l’e-commerce, et des hautes technologies les priorités à envisager pour la coopération future entre les deux pays.

Quel est votre souhait pour Maurice à l’aube des 50 ans de notre indépendance ?

Le 50e anniversaire est un événement très important pour un pays. L’année 1999 a été marqué par le 50e anniversaire de la fondation de le République populaire de Chine. C’est à partir de cette année-là que la Chine est entrée dans la période de développement accéléré. Aujourd’hui Maurice se trouve au même carrefour historique de son développement socio-économique. Au cours des 50 ans passés, le peuple mauricien a travaillé d’arrache-pieds et a réussi à créer le « miracle mauricien» en transformant l’économie nationale qui, au lendemain de l’indépendance, était dominée par la seule industrie du sucre, en une économie moderne et diversifiée ayant pour industries piliers les secteurs sucrier, manufacturier, touristique et de services financiers. Le gouvernement mauricien a déjà avancé un projet de développement à moyen et à long termes et nous avons confiance dans la volonté et la capacité du peuple mauricien pour réaliser le deuxième miracle économique et la vision. Je souhaite sincèrement plus de prospérité et de stabilité à Maurice et plus de bonheur au peuple mauricien.